De mémoire, j’ai toujours eu un appareil photo en main. Le premier, c’était un Instamatic 25. Il parait que je faisais des photos étonnantes, des photos de tiges de fleurs au travers des vases…

1978. Une photo - 2 amies dans un sous bois, léger contre-jour. Avec un film très sensible, un bas coloré devant l’objectif pour flouter, c’était la grande époque Sarah Moon – me décide à vivre ma passion. Je serai photographe. Deux photographes me marquaient particulièrement : Maisel et Roïter. Précurseurs dans leur approche, dans leur conception de l’image, ils étaient tous les deux amoureux de la couleur.

1981. J’étais indépendant, je travaillais pour des entreprises, essentiellement dans la construction dont l’entreprise Bouygues. Son fondateur, Francis Bouygues, décide alors de recruter un jeune photographe pour développer l’image de son entreprise. J’ai accepté ce défi-là. J’ai accompagné son développement. J’ai du imposer mon regard, mon approche, en façonner l’image. Bouygues était à l’époque très différente d’aujourd’hui, j’étais le seul artiste dans un monde d’ingénieurs. J’ai cultivé cette différence pendant 20 ans. De responsable photo chez Bouygues, je suis passé responsable photo/vidéo/édition institutionnelle dans sa filiale Bouygues Construction jusqu’à aujourd’hui, responsable de la communication d’une des filiales de cette dernière : Bouygues Bâtiment Ile-de-France.

De tous mes reportages à travers le monde, je ramenais des ciels. J’aimais bien ce travail sur la couleur mais je n’en étais pas satisfait, je ne le trouvais pas abouti. Je les présentais à quelques expos. Et pendant des années, je me suis retrouvé incapable de réaliser la moindre image. Rien à dire. Comme un peintre devant sa toile, sec ou un écrivain, vide devant sa page blanche. C’était frustrant, déséquilibrant. Jour après jour, je laissais tomber, j’abandonnais l’idée de faire la moindre image. Après coup, il fallait franchir ce chemin là, d’autres la traversent, cette épreuve.

2005. Un petit port en Grèce, Sténi Valla, dans l’île d’Alonnisos. Au petit matin, mon heure préférée. Je me lève tôt, toujours. J’ai toujours aimé ces premières heures du jour, cette connivence, ce calme, cette sérénité. Je marchais sur le quai. Et j’ai vu des couleurs, des formes se faire et se défaire, se transformer. Une véritable surprise et l’envie d’images me reviennent. De cette frustration, de ce déséquilibre que j’ai traversé pendant des années, je suis passé à la gourmandise avec bonheur. Un retour aux sources. A ma source. Un retour à mon équilibre.

Aujourd’hui, je veux encore de la couleur. J’ai faim, je suis boulimique. Je me retrouve dans mes images. Elles sont proches de ce dont je rêvais : des couleurs et ce mouvement, ce geste du peintre qui me manquait. Et l’abstraction, la perte des repères. J’ai faim de ça.

Voilà donc quelques unes de mes images réalisées, comme à mon habitude et depuis toujours, sans filtrage, ni modifications de chromie, voici mes couleurs. Chaque image est imprimée en un exemplaire unique sur papier Photorag 308 g, contrecollé sur un support type Dibond de 2 mm.